du genre Sorbus

Le genre Sorbus sensu lato (Rosacae, sous-famille des Spiroideae, comme les poiriers, pommiers et aubépines.) Hybrides occasionnels et « espèces hybridogènes ».

 

A la différence des hybrides instables ou occasionnels, dont la descendance, si elle existe retournera vers le type des parents, une espèce hybridogène désigne un taxon1 d’origine hybride formant des populations morphologiquement homogènes, plus ou moins nombreuses et disséminées, et dont la descendance est morphologiquement identique au parent.

(taxon: unité de classification des êtres vivants.)

 

Sorbus

- arbres ou arbustes sans épines ;

- feuilles alternes simples ou composées, jamais entières, à nervures pennées ;

- fleurs blanches ou roses, en corymbes rameux plus courts que les feuilles ; calice à 5 lobes entiers marcescents ; ovaire infère adhérent ;

- fruits charnus.

Fleurs mellifères et « fruits » recherchés par les oiseaux, parfois comestibles (cormes), ou utilisables en distillerie.

Sorbiers et cormier à feuilles pennatiséquées, alisiers à feuilles dentées ou lobées.

Beaucoup de Sorbus sont utilisés en horticulture et l’alisier torminal est considéré comme un feuillu précieux par les forestiers.

Les espèces – arbres ou arbustes – du genre Sorbus L. s.l. sont abondamment représentées dans l’hémisphère Nord. Selon Jankun (1993), l’Asie du Sud-est serait le centre d’origine du genre, qui se dissémine ensuite principalement dans trois grandes régions : 1) l’Est de l’Himalaya et la Chine, 2) le Caucase et l’Arménie et 3) en Europe.

Cinq espèces de Sorbus sont présentes dans la plupart des pays d’Europe, et donc en France ; elles sont diploïdes (double jeu de chromosomes semblables 2n = 34) :

Sorbus aria, alisier blanc ; surtout dans la quadrant NE de la France, Massif central large, Pyrénées, rare ailleurs ; très commun en Haute-Marne , en particulier sur le Plateau de Langres.

S. aucuparia, sorbier des oiseleurs ; montagnard rare en Haute-Marne, probablement planté.

S. domestica, cormier ; dispersé en France au SE d’une ligne Strasbourg-Bordeaux, assez rare en Haute-Marne;

S. chamaemespilus, alisier nain ; montagnes, de 1200 à 2300 m d’altitude ;

S. torminalis, alisier torminal ; dispersé en France et assez commun dans tout le département.

Mais par ailleurs, ce sont près de 170 espèces d’arbres du genre Sorbus qui sont actuellement connues en Europe, même si certaines d’entre elles ne sont représentées que par de très petites populations (par exemple, Sorbus milensis, endémique du NE de la Bohème en République Tchèque, ne compte que 38 individus matures.) Cet endémisme explique pourquoi les 3/4 des espèces européennes de Sorbus sont considérées comme menacées de disparation (selon la récente liste établie par l’IUCN, 2019 –Union Internationale pour la Conservation de la Nature – 57 espèces sont en danger critique, 48 en danger et 24 classées vulnérables.)

Cette profusion d’espèces est la conséquence de modes de reproduction inhabituels où interviennent des combinaisons d’hybridation, de polyploïdie et d’apomixie. Les 5 lignées principales sont bien distinctes génétiquement mais les faibles barrières mises à l’hybridation entre les espèces (seul Sorbus domestica ne s’hybride pas, tandis que Sorbus aria s’hybride avec S. torminalis mais aussi avec S. aucuparia et S. chamaemespilus, alors que ceux-ci ne s’hybrident pas directement entre eux), associée aux mécanismes de spéciation que sont polyploïdie et apomixie, ont conduit à l’apparition d’espèces hybridogènes triploïdes (3x = 51) ou tétraploïdes (2n = 68).

Polypoïdie : multiplication au-delà de deux fois du génome de base des cellules. On remarquera que les espèces hybridogènes sont triploïdes ou tétraploïdes, voire pentaploïdes.

 

Apomixie: processus de reproduction asexuée dans lequel la formation de la graine apparaît directement dans les tissus de l’arbre mère sans apport génétique d’un autre individu. Il en naît un clone direct qui possède également cette propriété de reproduction par apomixie ; on observe alors que la pollinisation est nécessaire au développement de l’albumen – réserve alimentaire de l’embryon – même si ce pollen n’intervient pas dans le bagage génétique de la graine (pseudogamie).

Ces modes de reproduction complexes rencontrés dans le genre Sorbus furent à l’origine de l’apparition de tant de nouvelles espèces lorsque les principales lignées se sont rencontrées durant le lent processus de recolonisation de l’Europe par la flore après la dernière glaciation, et ce processus se poursuit aujourd’hui.

 

Actuellement, au côté des cinq espèces diploïdes, la flore française recense cinq espèces hybridogènes spontanées (Flora Gallica, 2014.)

Ayant pour parenté supposée S. aria et S. torminalis (groupe d’espèces Sorbus latifolia aggr.):

Sorbus latifolia, alisier de Fontainebleau ; Bassin parisien, Marne, Haute-Marne ? Protégé en France ;

et plus récemment admise, Sorbus remensis, alisier de Reims, endémique au sud de Reims ; classé comme en danger par l’UICN.

Issus de S. aria et S. aucuparia (groupe d’espèces Sorbus hybrida aggr.) :

Sorbus mougeotii, alisier de Mougeot ; Vosges, Jura, Alpes, Pyrénées occidentales et centrales, rare dans les Cévennes ;

Sorbus legrei, alisier de Legré ; Alpes de haute Provence (montagne de Lure) et Drôme.

Enfin, encore peu étudié et rattaché au groupe Sorbus sudetica aggr. (parenté S. aria et S. chamaemespilus) : Sorbus ambigua, Vosges et Massif central.

On rencontre également en France, planté en alignements, Sorbus intermedia, alisier de Suède, ou alisier du Nord , d’origine peut-être triple (S. aria, acauparia et torminalis !)

On trouve beaucoup plus d’espèces hybridogènes au Royaume-Uni, en Hongrie, Allemagne, République tchèque et dans les Balkans, mais sans doute nombre d’espèces hybridogènes micro-endémiques sont-elles passées inaperçues en France (et dans notre département de Haute-Marne, photo ci-dessous), assimilées aux hybrides occasionnels.

 

Nota : à l’Arboretum des Charmettes (52160 Lamargelle-aux-bois) sont visibles 8 espèces de Sorbus sur les 10 de la Flore de France et l'hybride S. aria x torminalis (manquent Sorbus ambigua et S. legrei), ainsi qu l’Alisier de Suède, S. intermedia. On y trouve par ailleurs une dizaine d’autres espèces de Sorbus originaires d’Asie du Sud-est ou d’Europe centrale.

 

Bibliographie:

Cormier Bruno. Sorbus legrei (spec. nov.) et Sorbus remensis (spec. nov.) (Rosaceae), deux nouvelles espèces françaises. In : Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 78e année, n°1-2, Janvier-février 2009. pp. 27-46.

Dumé G., Gauberville C., Mansion D., Rameau J.-C., et al., nouvelle édition 2018. – Flore forestière Française, guide écologique illustré, Tome 1, plaines et collines. IDF, CNPF, 2460 p.

Tison J.-M. et de Foucault B. (coords), 2014. -- Flora Gallica. Flore de France. Biotope, Mèze, XX + 1196 p.